Accueil > Toute l'actu...
GUERRE, TOURISME ET HUMANITAIRE

Le 30/10/2007

GUERRE, TOURISME ET HUMANITAIRE

Le Nord du Niger vient de sombrer dans l'avalanche de la guerre.
Une partie de la population, lassée de la corruption, de l'injustice, de la déliquescence des services sociaux, des accords de paix nés de la dernière rébellion en partie oubliés, est entrée en rébellion contre le pouvoir central.

Tous les amoureux du désert et du Niger se sentent concernés. Que faire ?

Mais avant, peut-être serait-il intéressant de nous demander quelle est notre part de responsabilité ?

1) les richesses du sous sol :
En quoi les populations en profitent-t-elles ? Les recherches de pétrole ou d'uranium se font, en partie, sur des territoires du Nord : en quoi l'éventuelle réduction des zones de pâturages est-elle prise en compte?
A Arlit, où AREVA exploite les mines pour le fonctionnement de nos centrales, quelles améliorations réelles ont été apportées aux habitants ?
Que reçoit le gouvernement du Niger, à l'obtention d'un contrat avec un pays occidental?
Et ces exploitations, à quoi servent-elles sinon à notre confort d'occidentaux ?


2) L'humanitaire :
"Je ne fais pas de tourisme, moi, je fais de l'humanitaire" ! Mais c'est quoi, faire de l'humanitaire ?
Une quarantaine d'ONG parcourt régulièrement le massif de l'Aïr, sans aucune coordination (ou si peu), pensant chacune faire différemment de l'autre.
J'ai vu trois petites ONG venir en quatre jours effectuer le même boulot dans un dispensaire, laissant à l'infirmier, des tas de médicaments. Et ce dernier disait n'avoir vu personne depuis deux ans !
J'ai vu des mamans déshabiller, en plein hiver, leurs petites filles à l'arrivée des 4X4.... et récolter de nouvelles fourrures polaires !
J'ai vu un petit groupe installer des panneaux solaires à l'autre bout du Ténéré pour apporter...la télévision !
J'ai vu discuter le prix de location d'un 4X4 puisque "le chauffeur peut bien faire un effort : on vient aider son pays !". Discute t-on le prix d'un taxi, à Paris, lorsqu'on fait du social ?
Ne peut-on pas réfléchir aux conséquences de ces gestes ?
Outre que l'état se décharge complètement sur les ONG et n'assure plus ses services sociaux, que devient une société complètement assistée à qui on apporte même ce dont elle n'a pas besoin ? Imagine t-on, aux siècles passés, les Anglais arriver dans nos montagnes et distribuer aux habitants des vallées une sorte de RMI ?
Et quel rapport peut-on avoir avec les gens qui vivent là, à force de tout donner ? Quel regard peuvent-ils porter sur nous ?
Les Africains, les Touareg, qui vivent difficilement, n'ont pas besoin "d'humanitaires" qui viennent gagner le paradis.
Ils ont besoin d'hommes et de femmes qui viennent par plaisir pour apprendre à les connaître et à les respecter en leur donnant du travail.

3) Le tourisme :
Dans les pays pauvres comme le Niger, le tourisme est la seule activité qui permet aux populations de vivre en gardant leur dignité, leur culture, leur tradition.
Encore faut-il un peu d'éthique. Nous sommes entrés dans un monde de concurrence effrénée : le "désert pas cher" côtoie le "X écrase les prix" !
Dans cette folie de prix à la baisse, qui payent les conséquences ? Les guides, les cuisiniers, les chameliers, les porteurs...
Acheter un voyage pas cher, c'est discuter les salaires des pauvres !


Le Niger est en rébellion ; plus de tourisme, plus de travail, quelques ONG !
L'armée a posé des mines autour d'Iférouane. Il est facile d'imaginer le résultat auprès des petites bergères conduisant leurs troupeaux, des années après le conflit !
Mais ce n'est pas le Niger qui construit ces mines et notre gouvernement veut faire vivre les ouvriers français...

Alors ?
Bon voyage !


Michel Zalio