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CHRONIQUE SAHARIENNE

Le 03/01/2008

LE DESERT EST-IL "DANGEREUX" ?


" Souvent, le désert est l'idée que l'on s'en fait...Mais le désert n'a de sens que si l'on prend le temps d'y séjourner, sinon, il ne se livre pas, il ne donne rien.
Il reste une carte postale, l'image d'un souvenir qui s'ennuie."
Tahar Ben Jelloun

A l'époque où nous vivons, enfermé dans un monde qui nous mène vers le superflu, vers le "toujours plus", vers le stress, le "paraître", à l'heure où le voyage et le trek n'échappent pas à la règle, le désert est l'antidote de nos habitudes.
Attention, terrain miné !
Dans ses écrits, Jean Malaurie parle de la communion et du lien fort qui unissent les peuples "premiers" avec l'espace qui les entoure.
Sauf à être trop pollués, tous ces peuples, nomades en grande partie, vivent (parfois difficilement) en harmonie et en symbiose avec la Nature.
Inuits, peuls, indiens, massaïs, touareg mènent leurs chemins avec et dans le rythme essentiel d'une énergie spirituelle qui nous fascine (Sinon, pourquoi les voyages sahariens laisseraient-ils de telles traces à leurs retours ?).
Il est étonnant, d'ailleurs, de constater, à l'époque de l'immigration choisie, que les peuples nomades du Sahara sont très peu candidats à quitter leurs pays, préférant leurs conditions difficiles à notre vie facile.

Alors, partir dans le désert est-il "dangereux" ?

Il peut l'être si nous y partons, vraiment, sans conditionnel...Si nous partons en suivant les conseils de Tahar Ben Jelloun.
Mais attention : une semaine, en 4X4, n'est pas partir ; c'est rester dans les embouteillages de l'âme et de la vie. On doit vivre avec le désert et non pas contre. Les voyageurs occidentaux qui tentent des expériences solitaires pour lutter contre la soif, contre la chaleur, contre le vent et le sable, luttent contre eux-mêmes. Et à tout moment, le téléphone satellite peut interrompre leur voyage.
Au contraire, les récits des Touareg qui parlent des caravanes et du désert montrent à quel point ces hommes se fondent dans l'élément.

Il faut voyager avec son sac à dos et oublier sa valise : 15 jours, à pieds, c'est le risque !

Car trouver l'Essentiel : le danger est là.
Dans la nuit, allongé sur le sable, face à l'immensité de la voûte céleste, sans un bruit, sans une lumière parasite, dans un silence absolu que seul le désert peut offrir, être là, juste à se poser la question : "ma vie, comment, pourquoi, dans quel sens ?".
La question est terrible et compliquée : le désert est dangereux à se retrouver face à soi-même.

Bon voyage
Michel Zalio